Quand les enfants dessinent

dessin photo

Jordan se tient devant un grand bloc à croquis, prend un marqueur en main et le décapsule soigneusement. Elle commence à frotter….d’abord lentement, en bas et en haut, en bas et en haut, en bas et en haut. Ses mouvements s’installent dans un rythme et bientôt tout son corps danse, reflétant le tempo de ses mouvements. Jordan dessine. Tout son être est en train de dessiner.

Pour l’observateur occasionnel, cet enfant de deux ans ne fait que gribouiller. Ses marques semblent être aléatoires, insignifiantes. Parfois, elle ne regarde même pas le papier en le marquant. Mais ce n’est pas tout. Jordan utilise son esprit et ses émotions alors qu’elle s’engage dans l’acte physique du dessin.

L’examen du dessin des enfants peut nous donner un aperçu important de la façon dont le dessin s’intègre dans le développement physique, émotionnel et cognitif global du jeune enfant. De la petite enfance à l’école primaire, les enfants choisissent de dessiner. Quel est le rôle du dessin dans le développement du jeune enfant ?

Gribouillage
Vers 18 mois, les tout-petits s’intéressent au gribouillage. Il semble procurer un plaisir sensoriel, mais l’enfant s’intéresse aussi aux marques qui sont faites. (Si l’outil de dessin ne fonctionne pas, l’enfant perd rapidement de l’intérêt.) L’acte de gribouillage peut servir à plusieurs fins utiles pour le jeune enfant. La coordination et le contrôle des petits muscles s’améliorent avec la pratique, les capacités cognitives s’exercent, des occasions d’interaction sociale se présentent et les mouvements physiques fournissent une libération émotionnelle.

Étant donné que le petit contrôle musculaire d’un tout-petit n’est pas complètement développé, il peut aborder la tâche de dessin en saisissant le marqueur avec son poing, ce qui crée un peu de difficulté à placer les marques exactement où il ou elle le désire. Les mouvements sont généralement importants et impliquent l’ensemble du bras avec le petit doigt ou le poignet. Cela s’explique par le fait que le développement physique s’effectue à partir du centre du tronc vers l’extérieur.

Avec de la pratique, le tout-petit améliorera naturellement son contrôle des mouvements du poignet et des doigts. Le contrôle total, cependant, ne sera atteint que beaucoup plus tard. Quelques tout-petits appuient l’avant-bras sur la surface de dessin pour leur donner plus de contrôle. Un mouvement rythmique, répétitif et répétitif de frottage est courant chez les enfants de deux ans, leur procurant un plaisir sensoriel et faisant du dessin un acte très physique.

En fournissant aux enfants le matériel et les occasions de griffonner, nous pouvons promouvoir les habiletés physiques. Tout comme le babillage est un moyen naturel d’acquérir le langage, le gribouillage est une porte d’entrée naturelle au contrôle et à la coordination musculaire. En fait, Cratty (1986) a qualifié le gribouillage de “babillage moteur”.

Les tout-petits intellectuellement s’intéressent à la fois au processus et aux résultats de leur art. Ils n’ont pas l’intention de représenter des objets dans un premier temps. Ils s’intéressent plutôt à la couleur et à la ligne. Cependant, ils peuvent regarder les marques et les gribouillis qu’ils ont faits et, par surprise, reconnaître une forme et lui donner un nom. Même s’ils n’avaient pas l’intention de dessiner un chien ou un arbre, les gribouillis suggèrent les formes. Les enfants interprètent plutôt qu’ils n’ont l’intention de le faire. C’est ce qu’on appelle le réalisme fortuit et cela devient courant à l’approche de l’âge de trois ans.

Selon Piaget et Inhelder (1963), un enfant est mentalement capable d’utiliser des symboles pour représenter la réalité à 18 mois. Par conséquent, un enfant peut s’adonner à un jeu de simulation. Cette capacité de faire semblant peut être vue comme si un tout-petit utilisait le mouvement du crayon ou du marqueur pour représenter une action dans ses dessins. Les points, par exemple, peuvent être la pluie qui tombe ou des animaux qui se déplacent sur la page (Berk, 1994). Les gestes sont utilisés pour représenter l’action (Cox, 1992).

Kellogg (1970) a décrit 20 gribouillis de base que les enfants ont tendance à utiliser durant leur première étape exploratoire. La plupart des enfants n’utilisent pas tous ces gribouillis (Cox, 1992). Au lieu de cela, les enfants préfèrent certains d’entre eux lorsqu’ils développent des styles individuels (Gardner, 1980). Il semble également que les gribouillis ne soient pas placés au hasard. Après avoir examiné des milliers de dessins, Kellogg (1970) a catalogué 17 placements de pages que les tout-petits utilisent lorsqu’ils griffonnent. Les gribouilleurs sont donc des décideurs.

La possibilité de prendre des décisions contribue à l’émergence d’un sentiment d’autonomie qui est si important pour le développement émotionnel d’un enfant de deux ans. Non seulement les enfants prennent des décisions concernant la ligne, la couleur et le placement, mais ils exercent aussi leur sens de l’autonomie en utilisant et en contrôlant les outils de la culture – crayons, marqueurs, crayons, papier – pour s’engager dans une activité valorisée par la culture.

Deux comme des adultes pour “me regarder”. Regardez-moi parce que je suis fier de ce que je fais ; je me sens compétent ; je fais cette merveilleuse chose par moi-même. Autonomie !

Les enfants peuvent s’engager dans une interaction sociale en dessinant avec les autres ou en leur montrant leurs créations. Pendant que les jeunes enfants s’assoient ensemble, chaque dessin, ils parlent, partagent des histoires et échangent du matériel. C’est la base d’une interaction prosociale qui se pratique dans une situation authentique. De même, l’enfant qui sauvegarde sa photo pour montrer à son papa démontre qu’il utilise le dessin comme moyen d’interaction sociale et de soutien affectif.